Rappels

Histoire de l'appareil

A la fin des années 1940, Staline décida de développer la puissance maritime de l'URSS. D'une part parce que celle-ci avait fait défaut lors de cette guerre, d'autre part pour contrebalancer celle des USA. Afin d'équiper de futurs porte-avions de 80000 tonnes, l'aviation navale soviétique demanda un appareil dédié à la lutte anti-navires.

Tupolev proposa le Tu-91, issu du projet 507 (7e projet de l'année 1950), un appareil à ailes basses, équipé d'une unique turbine Isotov TV-2M de 6250 hp (7650 hp à terme) tractant une hélice contra-rotative à 6 pales et placé derrière l'habitacle. L'avion fut conçu par Vladimir A. Chizhevsky, assisté de V.O. Bogdanov et de M.I. Pinegine. Les 2 personnes prenaient place dans un habitacle côte-à-côte, protégés par un blindage (jusqu'à 18 mm, 568 kg au total). Il était construit en alliage d'aluminium.

Son armement comportait 4 canons NR-23, deux situés à la racine des ailes alimentés par 100 obus, et deux autres dans une tourelle de queue télécommandée DK-15 actionnée par le navigateur. Il emportait aussi 1500 kg d'armement sous le fuselage ou sous les ailes, dont des bombes (jusqu'à 12 FAB de 100 kg), 8 roquettes TRS-212, 36 TRS-132, 120 TRS-85 ou 120 ARS-85, ou une unique torpille (TAN-53, 45-36 MAN, 46-36 MAB) ou 3 torpilles RAT-52. Les plans furent gelés en 1953. Il fut surnommé "Bychok" (chabot, un type de poisson) à cause de son allure générale.

A la mort de Staline, le développement de la force navale fut stoppé. Le Tu-91 survécut, mais cette fois comme avion basé à terre, ce qui permit de le simplifier en retirant par exemple la crosse d'appontage et les ailes repliables. L'exigence de décollage court fut cependant maintenu. Les missions attendues étaient les suivantes : bombardement en piqué, attaque au sol, torpillage de navires, mouillage de mines AMD-500, observation, entraînement, liaison, guerre électronique. 2 appareils furent commandés, dont un pour des essais statiques, le 1er juin 1953. Il sortit d'usine en 1954.

Il effectua son vol inaugural le 2 septembre 1954 entre les mains de D.V. Zyuzine, et démontra de bonnes performances lors de ses essais, ainsi qu'une faible consommation de carburant. Les tests constructeurs durèrent jusqu'au 21 janvier 1955, avec 25 vols et 14 heures de vol. Un deuxième appareil fut construit, avec des modifications destinées à corriger les défauts du premier appareil. La partie avant fut par exemple élargie afin d'améliorer la visibilité de l'équipage, ce qui entraîna curieusement une diminution de la masse de 500 kg. Ce deuxième exemplaire fut inspecté en janvier 1955. Les recommandations proposées (concernant surtout l'ergonomie des commandes de vol) furent suivies. Sa production en série fut recommandée.

Le Tu-91 semblait donc être promis à un brillant avenir. Mais tout s'arrêta lorsque Khrouchtchev passa devant cet appareil lors d'une revue lors de l'été 1956. L'officier chargé de la présentation commit un lapsus lourd de conséquence : au lieu de dire que sa puissance de feu équivalait à celle d'un croiseur lourd, il déclara benoîtement que le Tu-91 pouvait remplacer un croiseur lourd… Khrouchtchev était déjà influencé négativement par cet appareil, et demanda, avec sa bonhommie coutumière, si on avait encore vraiment besoin de croiseurs lourds… Plus tard, lors d'une démonstration en vol, le premier secrétaire du PCUS déclara : "il est encore là, celui-là ?". L'ère de la dissuasion atomique et l'Il-28, jugé supérieur, arrivants, les remarques acerbes de monsieur K. enterrèrent un appareil pourtant brillant. Les tentatives de Tupolev pour sauver cet appareil furent vaines.

Une unique photographie de l'appareil fut dévoilée à l'Occident en 1960. Il faudra attendre 30 ans pour en savoir plus, et la décennie 1970 pour se rendre compte que de tels appareils étaient nécessaires, ce qui allait mener aux Su-25 et A-10.

Versions référencées

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Principales caractéristiques

  • Masse maxi au décollage : 14 400 kg (31 747 lbs)
  • Masse à vide : 8 000 kg (17 637 lbs)
  • Surface alaire : 47,5 m² (511,286 sq. ft)
  • Hauteur : 5,06 m (16,601 ft)
  • Envergure : 16,4 m (53,806 ft)
  • Longueur : 17,7 m (58,071 ft)

Performances

  • Vitesse de croisière : 300 km/h (186 mph, 162 kts)
  • Distance franchissable : 2 350 km (1 460 mi, 1 269 nm)
  • Plafond opérationnel : 11 000 m (36 089 ft)
  • Vitesse maximale HA : 800 km/h (497 mph, 432 kts)
  • Charge alaire, à vide : 168,421 kg/m² (34,495 lbs/sq. ft)
  • Charge alaire, au décollage : 303,158 kg/m² (62,092 lbs/sq. ft)

Motorisation

  • 1 turbopropulseur Isotov TV2M
  • Puissance unitaire : 5 705 kW (7 756 ch, 7 650 hp)

Records FAI enregistrés

Liste des records enregistrés pour cet appareil par la Fédération Aéronautique Internationale.

Aucun record n'a été enregistré pour cet appareil.

Accidents enregistrés

  • Aucun Accident n'a été enregistré pour cet appareil.

Numéros de serie

Images

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Média externes

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Sujet complet »
Tu-91 Boot à 22/06/2012 11:07 Clansman
A la fin des années 1940, Staline décida de développer la puissance maritime de l'URSS. D'une part parce que celle-ci avait fait défaut lors de cette guerre, d'autre part pour contrebalancer celle des USA. Afin d'équiper de futurs porte-avions de 80000 tonnes, l'aviation navale soviétique demanda un appareil dédié à la lutte anti-navires.

Tupolev proposa le Tu-91, issu du projet 507 (7e projet de l'année 1950), un appareil à ailes basses, équipé d'une unique turbine Isotov TV-2M de 6250 hp (7650 hp à terme) tractant une hélice contra-rotative à 6 pales et placé derrière l'habitacle. L'avion fut conçu par Vladimir A. Chizhevsky, assisté de V.O. Bogdanov (rien à voir avec les deux jumeaux botoxés à mort) et de M.I. Pinegine. Les 2 personnes prenaient place dans un habitacle côte-à-côte, protégés par un blindage (jusqu'à 18 mm, 568 kg au total). Il était construit en alliage d'aluminium.

Son armement comportait 4 canons NR-23, deux situés à la racine des ailes alimentés par 100 obus, et deux autres dans une tourelle de queue télécommandée DK-15 actionnée par le navigateur. Il emportait aussi 1500 kg d'armement sous le fuselage ou sous les ailes, dont des bombes (jusqu'à 12 FAB de 100 kg), 8 roquettes TRS-212, 36 TRS-132, 120 TRS-85 ou 120 ARS-85, ou une unique torpille (TAN-53, 45-36 MAN, 46-36 MAB) ou 3 torpilles RAT-52. Les plans furent gelés en 1953. Il fut surnommé "Bychok" (chabot, un type de poisson) à cause de son allure générale.

A la mort de Staline, le développement de la force navale fut stoppé. Le Tu-91 survécut, mais cette fois comme avion basé à terre, ce qui permit de le simplifier en retirant par exemple la crosse d'appontage et les ailes repliables. L'exigence de décollage court fut cependant maintenu. Les missions attendues étaient les suivantes : bombardement en piqué, attaque au sol, torpillage de navires, mouillage de mines AMD-500, observation, entraînement, liaison, guerre électronique. 2 appareils furent commandés, dont un pour des essais statiques, le 1er juin 1953. Il sortit d'usine en 1954.

Il effectua son vol inaugural le 2 septembre 1954 entre les mains de D.V. Zyuzine, et démontra de bonnes performances lors de ses essais, ainsi qu'une faible consommation de carburant. Les tests constructeurs durèrent jusqu'au 21 janvier 1955, avec 25 vols et 14 heures de vol. Un deuxième appareil fut construit, avec des modifications destinées à corriger les défauts du premier appareil. La partie avant fut par exemple élargie afin d'améliorer la visibilité de l'équipage, ce qui entraîna curieusement une diminution de la masse de 500 kg. Ce deuxième exemplaire fut inspecté en janvier 1955. Les recommandations proposées (concernant surtout l'ergonomie des commandes de vol) furent suivies. Sa production en série fut recommandée.

Le Tu-91 semblait donc être promis à un brillant avenir. Mais tout s'arrêta lorsque Khrouchtchev passa devant cet appareil lors d'une revue lors de l'été 1956, l'officier chargé de la présentation commit un lapsus lourd de conséquence. Au lieu de dire que sa puissance de feu équivalait à celle d'un croiseur lourd, il déclara benoîtement que le Tu-91 pouvait remplacer un croiseur lourd… Khrouchtchev était déjà influencé négativement par cet appareil, et demanda, avec sa bonhommie coutumière, si on avait encore vraiment besoin de croiseurs lourds… Plus tard, lors d'une démonstration en vol, le premier secrétaire du PCUS déclara "il est encore celui-là". L'ère de la dissuasion atomique et l'Il-28, jugé supérieur, arrivant, les remarques acerbes de monsieur K. enterrèrent un appareil pourtant brillant. Les tentatives de Tupolev pour sauver cet appareil furent vaines.

Une unique photographie de l'appareil fut dévoilée à l'Occident en 1960. Il faudra attendre 30 ans pour en savoir plus, et la décennie 1970 pour se rendre compte que de tels appareils étaient nécessaires, ce qui allait mener aux Su-25 et A-10.


La fiche sur le site


Le Fana de l'aviation n° 293, avril 1994.

http://en.wikipedia.org/wiki/Tupolev_Tu-91

http://www.aviastar.org/air/russia/tu-91.php

http://www.globalsecurity.org/military/world/russia/tu-91.htm
Re: Tu-91 Boot à 27/06/2012 19:06 d9pouces
Encore un avion dont j'ignorais l'existence, merci d'en parler ! Et je ne savais pas que les numéros de projet pouvaient se décomposer ainsi (année + numéro de projet).

Quel est l'intérêt de la position côte-à-côte pour ce genre d'appareils ?

Et dernière question, les Russes n'ont jamais eu de PA (avant les années 70), n'est-ce pas ?
Re: Tu-91 Boot à 28/06/2012 08:27 Clansman
Et je ne savais pas que les numéros de projet pouvaient se décomposer ainsi (année + numéro de projet).

Je l'ignorais aussi. Il est possible que ce soit spécifique à Tupolev.

Quel est l'intérêt de la position côte-à-côte pour ce genre d'appareils ?

Sans doute pour une meilleure communication (et meilleure visibilité) entre membres d'équipage, notamment lors des missions d'observation.

Et dernière question, les Russes n'ont jamais eu de PA (avant les années 70), n'est-ce pas ?

Exact. Les projets de PA furent annulés sous Khrouchtchev.
Re: Tu-91 Boot à 28/06/2012 09:00 Jericho
C'est en regardant des images du Tu-91 que je réalise une chose: quand il est dit "Son armement comportait 4 canons NR-23, deux situés à la racine des ailes alimentés par 100 obus,…", ces deux canons tiraient à travers les hélices? :shock:
Re: Tu-91 Boot à 28/06/2012 11:06 Clansman
Sans doute, oui. T'as jamais entendu parler du tir synchronisé ? C'était au point depuis longtemps, à cette époque. ;)
Re: Tu-91 Boot à 28/06/2012 11:11 Jericho

Clansman a écrit

… T'as jamais entendu parler du tir synchronisé ? …
Si, mais jamais à travers des hélices contrarotatives! Je me trompe peut-être, mais 6 pales, et qui ne tournent pas toutes dans le même sens, ça me semble plus compliqué que ce que j'ai vu habituellement.
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Texte de , créé le Sept. 17, 2014, 1:54 p.m., modifié le . ©AviationsMilitaires