Rappels

Histoire de l'appareil

A la fin des années 1930, l'armée impériale japonaise disposait d'une composante aérienne étoffée et bien organisée, baptisée Rikugun Kôkû Bûtai. Elle assurait elle-même la formation des équipages et des techniciens dont l'entraînement particulièrement strict et complet allait faciliter les victoires japonaises durant la première partie de la Seconde Guerre Mondiale dans le Pacifique. Elle possédait aussi son propre centre d'essais (Kokû Shinsabu, à Fussa) et son propre institut de recherche, l'institut technique de recherches en aéronautique de Tachikawa (Rikugun Kôkûgijutsu Kenkyûjô).

Les Japonais s'étaient déjà intéressés au concept de chasseur lourd bimoteur, qui connaissait un certain succès dans les pays occidentaux durant cette période. Le Kawasaki Ki-45 Toryû fut développé de 1938 à 1941, avant d'entrer en service en 1942. Dans le même temps, le Rikugun Kôkûgijutsu Kenkyûjô décida de mener une réflexion sur un modèle plus avancé et plus performant, capable de mener des missions d'attaque au sol. Ces travaux durèrent près d'un an et demi. En février 1943, la désignation Ki-93 fut attribuée au nouvel appareil, bien qu'il soit encore sur la planche à dessin.

La dégradation de la situation militaire et les besoins plus urgents de l'aviation de l'armée et de la marine impériale japonaise retardèrent la concrétisation du projet, malgré l'assistance d'ingénieurs de la société Tachikawa. Les exigences officielles n'arrangèrent rien : le Ki-93 était supposé pouvoir servir contre des cibles lourdement protégées (les navires de guerre devant attaquer le Japon), mais aussi contre les bombardiers alliés qui opéraient de plus en plus haut et de plus en plus près de l'archipel japonais. Il fallait donc concevoir un appareil performant à toutes les altitudes, et doté d'un armement lourd. En conséquence, le premier prototype du Ki-93 ne fut disponible qu'au printemps 1945.

Le Ki-93 avait un design très élégant et des formes d'une grande finesse, travaillées pour obtenir le plus d'aérodynamisme possible. Il s'agissait d'un appareil bimoteur monoplan, à voilure droite implantée en position basse. Sa structure était entièrement métallique. Le train d'atterrissage était de conception classique, avec deux jambes de train principales supportées chacune par une roue, et une roulette de queue. Tout le système était entièrement rétractable. L'équipage prenait place dans un cockpit fermé, avec deux places dos à dos, pourvu d'une verrière offrant une excellente visibilité.   

Le choix des moteurs fut essentiel. Après avoir envisagé de doter le Ki-93 de Mitsubishi Ha-211, les ingénieurs de Tachikawa firent appel à des Mitsubishi Ha-214, d'une puissance unitaire de 2 400 ch. Ces moteurs lui donnaient une allure impressionnante, car ils entraînaient chacun une hélice dotée de six pales métalliques à vitesse constante. Les performances estimées de l'appareil étaient elles aussi impressionnantes. A haute altitude, le Ki-93 était supposé atteindre les 620 km/h, ce qui était suffisant pour rattraper les North American B-25 et les Boeing B-29 qui ravageaient les centres industriels et urbains du Japon.

L'armement installé devait lui aussi être suffisant. Configuré en chasseur lourd, le Ki-93 emportait un canon calibre 57 mm, placé en gondole sous le cockpit, et deux canons calibre 20 mm dans la voilure. Pour la lutte contre les navires et les cibles au sol, on avait prévu davantage, avec un canon (sans doute un Type 88) calibre 75 mm, approvisionné à hauteur de 15 obus et un emport potentiel de deux bombes de 250 kg sous les ailes. Une mitrailleuse calibre 12,7 mm servie par l'observateur (400 cartouches) devait assurer la défense arrière du chasseur, dans les deux configurations. La protection passive était beaucoup plus soignée que d'ordinaire. Le pilote était protégé par cinq plaques de blindage (deux à l'avant du cockpit, deux sur les flancs et une à l'arrière) épaisses de 12 mm. La partie avant de la verrière était quant à elle épaisse de 70 mm afin de protéger l'équipage des impacts frontaux. Le mitrailleur arrière était aussi protégé par une de ces plaques. Enfin, les capots moteurs étaient aussi protégés, de même que les réservoirs de carburant (de type auto-obturants).

Livré en mars 1945, le premier prototype du Ki-93 était celui du chasseur lourd. Le vol initial de ce prototype eut lieu le 8 avril 1945. A l'atterrissage, une vitesse trop élevée causa un accident et nécessita près d'un mois de réparations, retardant d'autant le programme d'essais. Lorsque les essais purent reprendre, un bombardement allié des installations de Tachikawa porta un coup fatal au projet Ki-93, le hangar abritant le premier prototype étant détruit. La capitulation japonaise intervint avant le premier vol du second et dernier prototype, configuré pour l'attaque au sol. On ignore son sort. Il semble cependant qu'il ait été saisi, remis en état et testé en vol par les militaires américains en 1946. Il aurait été ferraillé en 1949.

Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer quel eut été l'impact du Ki-93 sur les opérations aériennes au-dessus du Japon. Mais le manque de carburant, de pilotes et la domination écrasante de l'aviation américaine auraient sans doute rendu très difficile toute action efficace des Ki-93. Jamais engagé en opérations, il ne reçut aucun nom de code allié. Sa désignation officielle au Japon était Ki-93 Shisaku Chijô Shûgeki-ki (Avion d'attaque au sol expérimental Ki-93).


Texte de Ciders, avec son aimable autorisation.

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Principales caractéristiques

  • Masse maxi au décollage : 10 660 kg (23 501 lbs)
  • Masse à vide : 7 686 kg (16 945 lbs)
  • Surface alaire : 54,75 m² (589,324 sq. ft)
  • Hauteur : 4,85 m (15,912 ft)
  • Envergure : 19 m (62 ft)
  • Longueur : 14,21 m (46,621 ft)

Performances

  • Vitesse de croisière : 350 km/h (217 mph, 189 kts)
  • Distance franchissable : 3 000 km (1 864 mi, 1 620 nm)
  • Plafond opérationnel : 12 000 m (39 370 ft)
  • Vitesse maximale HA : 624 km/h (388 mph, 337 kts)
  • Charge alaire, à vide : 140,384 kg/m² (28,753 lbs/sq. ft)
  • Charge alaire, au décollage : 194,703 kg/m² (39,878 lbs/sq. ft)

Motorisation

  • 2 moteurs à cylindres en étoile Mitsubishi Ha-214
  • Puissance unitaire : 1 765 kW (2 400 ch, 2 367 hp)

Records FAI enregistrés

Liste des records enregistrés pour cet appareil par la Fédération Aéronautique Internationale.

Aucun record n'a été enregistré pour cet appareil.

Accidents enregistrés

  • Aucun Accident n'a été enregistré pour cet appareil.

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Sujet complet »
Rikugun Ki-93 à 22/12/2013 16:18 ciders
Historique :

A la fin des années 1930, l'armée impériale japonaise disposait d'une composante aérienne étoffée et bien organisée, baptisée Rikugun Kôkû Bûtai. Elle assurait elle-même la formation des équipages et des techniciens dont l'entraînement particulièrement strict et complet allait faciliter les victoires japonaises durant la première partie de la Seconde Guerre Mondiale dans le Pacifique. Elle possédait aussi son propre centre d'essais (Kokû Shinsabu, à Fussa) et son propre institut de recherche, l'institut technique de recherches en aéronautique de Tachikawa (Rikugun Kôkûgijutsu Kenkyûjô).

Les Japonais s'étaient déjà intéressés au concept de chasseur lourd bimoteur, qui connaissait un certain succès dans les pays occidentaux durant cette période. Le Kawasaki Ki-45 Toryû fut développé de 1938 à 1941, avant d'entrer en service en 1942. Dans le même temps, le Rikugun Kôkûgijutsu Kenkyûjô décida de mener une réflexion sur un modèle plus avancé et plus performant, capable de mener des missions d'attaque au sol. Ces travaux durèrent près d'un an et demi. En février 1943, la désignation Ki-93 fut attribuée au nouvel appareil, bien qu'il soit encore sur la planche à dessin.

La dégradation de la situation militaire et les besoins plus urgents de l'aviation de l'armée et de la marine impériale japonaise retardèrent la concrétisation du projet, malgré l'assistance d'ingénieurs de la société Tachikawa. Les exigences officielles n'arrangèrent rien : le Ki-93 était supposé pouvoir servir contre des cibles lourdement protégées (les navires de guerre devant attaquer le Japon), mais aussi contre les bombardiers alliés qui opéraient de plus en plus haut et de plus en plus près de l'archipel japonais. Il fallait donc concevoir un appareil performant à toutes les altitudes, et doté d'un armement lourd. En conséquence, le premier prototype du Ki-93 ne fut disponible qu'au printemps 1945.

Le Ki-93 avait un design très élégant et des formes d'une grande finesse, travaillées pour obtenir le plus d'aérodynamisme possible. Il s'agissait d'un appareil bimoteur monoplan, à voilure droite implantée en position basse. Sa structure était entièrement métallique. Le train d'atterrissage était de conception tricycle, avec deux jambes de train principales supportées chacune par une roue, et une roulette de queue. Tout le système était entièrement rétractable. L'équipage prenait place dans un cockpit fermé, avec deux places dos à dos, pourvu d'une verrière offrant une excellente visibilité.

Le choix des moteurs fut essentiel. Après avoir envisagé de doter le Ki-93 de Mitsubishi Ha-211, les ingénieurs de Tachikawa firent appel à des Mitsubishi Ha-214, d'une puissance unitaire de 2 400 ch. Ces moteurs lui donnaient une allure impressionnante, car ils entraînaient chacun une hélice dotée de six pales métalliques à vitesse constante. Les performances estimées de l'appareil étaient elles aussi impressionnantes. A haute altitude, le Ki-93 était supposé atteindre les 620km/h, ce qui était suffisant pour rattraper les North American B-25 et les Boeing B-29 qui ravageaient les centres industriels et urbains du Japon.

L'armement installé devait lui aussi être suffisant. Configuré en chasseur lourd, le Ki-93 emportait un canon calibre 57 mm, placé en gondole sous le cockpit, et deux canons calibre 20 mm dans la voilure. Pour la lutte contre les navires et les cibles au sol, on avait prévu davantage, avec un canon (sans doute un Type 88) calibre 75 mm, approvisionné à hauteur de 15 obus et un emport potentiel de deux bombes de 250 kg sous les ailes. Une mitrailleuse calibre 12,7 mm servie par l'observateur (400 cartouches) devait assurer la défense arrière du chasseur, dans les deux configurations. La protection passive était beaucoup plus soignée que d'ordinaire. Le pilote était protégé par cinq plaques de blindage (deux à l'avant du cockpit, deux sur les flancs et une à l'arrière) épaisses de 12 mm. La partie avant de la verrière était quant à elle épaisse de 70 mm afin de protéger l'équipage des impacts frontaux. Le mitrailleur arrière était aussi protégé par une de ces plaques. Enfin, les capots moteurs étaient aussi protégés, de même que les réservoirs de carburant (de type auto-obturants).

Livré en mars 1945, le premier prototype du Ki-93 était celui du chasseur lourd. Le vol initial de ce prototype eut lieu le 8 avril 1945. A l'atterrissage, une vitesse trop élevée causa un accident et nécessita près d'un mois de réparations, retardant d'autant le programme d'essais. Lorsque les essais purent reprendre, un bombardement allié des installations de Tachikawa porta un coup fatal au projet Ki-93, le hangar abritant le premier prototype étant détruit. La capitulation japonaise intervint avant le premier vol du second et dernier prototype, configuré pour l'attaque au sol. On ignore son sort. Il semble cependant qu'il ait été saisi, remis en état et testé en vol par les militaires américains en 1946. Il aurait été ferraillé en 1949.

Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer quel eut été l'impact du Ki-93 sur les opérations aériennes au-dessus du Japon. Mais le manque de carburant, de pilotes et la domination écrasante de l'aviation américaine auraient sans doute rendu très difficile toute action efficace des Ki-93. Jamais engagé en opérations, il ne reçut aucun nom de code allié. Sa désignation officielle au Japon était Ki-93 Shisaku Chijô Shûgeki-ki (Avion d'attaque au sol expérimental Ki-93).

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Caractéristiques :

Version :


Rikugun Ki-93

Type :

Chasseur lourd

Équipage :

2 hommes

Motorisation :

2 Mitsubishi Ha-214 de 18 cylindres en double étoile, à refroidissement par air, d'une puissance de 2 400 ch

Poids :

Masse à vide : 7 686 kg
Masse maximale au décollage : 10 660 kg

Performances :

Vitesse maximale : 624 km/h à 8 300 m
Vitesse de croisière : 350 km/h
Vitesse ascensionnelle : 3 000 m en 4 mn, 6 000 m en 9 mn 30 s
Plafond pratique : 12 000 m
Distance franchissable maximale : 3 000 km
Endurance : 6 heures

Dimensions :

Envergure : 19 m
Hauteur : 4,85 m
Longueur : 14,21 m
Surface alaire : 54,75 mètres carrés

Armement :

1 canon Ho-402 calibre 57 mm, en gondole sous le cockpit (20 obus)
2 canons Ho-2 calibre 20 mm dans l'emplanture des ailes (300 obus chacun)
1 mitrailleuse Ho-103 calibre 12,7 mm à l'arrière (400 cartouches)

Pays utilisateurs :

Japon (armée impériale)

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Images :

:arrow: Magnifique diaporama, mais en russe
:arrow: Plan trois vues du Ki-93
:arrow: Magnifique reconstitution d'un Ki-93 en vol

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Sources :

- Bernard Baeza, Les avions de l'armée impériale japonaise (1940-1945), Éditions Lela Presse, 2012
- Edwin M. Dyer, Japanese Secret Projects Experimental Aircraft 1939-1945, Midland Publishing, 2010
- http://en.wikipedia.org/wiki/Rikugun_Ki-93
- http://www.avionslegendaires.net/avion-militaire/rikugun-ki-93/
- http://www.warbirdsresourcegroup.org/IJARG/rikugunki93.html
- http://www.aviastar.org/air/japan/rikugun_ki-93.php
- http://cyber.breton.pagesperso-orange.fr/japon/ki_93.htm
- http://airjap.free.fr/avions/bombardiers/janvier/Ki93.html
- http://aviation-militaire.kazeo.com/avions-japonais/rikugun-ki-93,a1747220.html
Re: Rikugun Ki-93 à 23/12/2013 13:42 Clansman
La fiche sur le site

Si vous trouvez des photos libres de droit, c'est avec plaisir. :)
Re: Rikugun Ki-93 à 23/12/2013 19:40 ciders
Ca risque d'être compliqué. Il n'y a eu que deux avions, dont un qui a volé une poignée d'heures. On n'a pas trace de leur existence après le conflit et les rares photos disponibles semblent non utilisables pour nous. Pas de veine.
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Texte de , créé le Sept. 17, 2014, 1:53 p.m., modifié le . ©AviationsMilitaires